29/08/2012

L'élu, par Chaïm Potok (1967)


"Brooklyn. 1944. « Chaque fois que je fais ou que je vois quelque chose que je ne comprend pas, il faut que j’y pense jusqu’à ce que je le comprenne… Je ne comprend pas pourquoi j’ai voulu te tuer. » Cet aveu résume l’aberration d’une guerre mal connue qui s’ouvre dans les quartiers juifs de New York, opposant sionistes et hassidiques que le conflit mondial achève de désunir.  Les premiers, intégrés au monde moderne, tirent leçon de la Shoah que les Juifs doivent prendre leur destin en main et construire une nation. Les seconds, refusant tout d’un monde « qui nous tue » rejettent encore l’idée de créer un pays israélite sans l’accord de Dieu.

L’histoire débute alors par un match de base ball qui se transforme en rixe et où un jeune sioniste, Reuven Malter, 15 ans, est gravement frappé à l’oeil.

A travers cette lutte s’en dessine une autre plus discrète mais peut être aussi plus douloureuse : celle de l’agresseur, Danny Saunders, fils d’un rabbin hassidique renommé. Promis lui-même à l’ordination, il cherche par amour pour son père et par respect envers sa religion pourtant si exigeante, à refouler sa propre personnalité, conscient qu’elle l’entraînerait vers un autre destin.

Cet incident va les éclairer tous deux et les unir d’une amitié impossible, défiant un monde que les logiques communautaires étouffent.

Reuven, attiré par ce garçon énigmatique, accepte d’être son confident et de devenir l’« élu » du jeune homme. À ce titre, Il apprend de Danny sa passion cachée pour Freud, ce juif qui, sans cesser de l’être, osa « arracher l’homme à Dieu » afin de « comprendre le mystère de la nature humaine ». Il pose ainsi la douloureuse question de l’identité juive face à la recherche de soi.

Dans le même temps, les massacres perpétrés par les Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël vont affaiblir les forces du conservatisme au nom de la solidarité juive. Face aux réalités, c’est tout un monde de traditions et de convictions qui s’écroule, symbolisé par la dernière scène où le fils silencieux écoute en pleurant son père lui rendre sa liberté.

Ce roman nous entraîne dans l’univers bouleversant du New-Yorkais Chaim Potok (1929-2002) issu d’une famille juive conservatrice. Lui-même rabbin, il transpose au travers des personnages de L’Élu (et de ses autres romans : Je m’appelle Asher Lev ; Le don d’Asher Lev…) l’histoire de sa propre crise morale au moment où il voulu concilier identité juive et écriture. L’ensemble de son œuvre est considéré comme révolutionnaire dans l’histoire de la littérature outre-Atlantique car il aborde pour la première fois le problème de l’identité juive non en fonction de sa place dans la société américaine mais à l’intérieur même du judaisme.

Au-delà de cette épreuve personnelle, l’auteur veut rendre justice à tous : tyrannisés comme opppresseurs. Car ce monde hassidique, présenté d’abord sous son aspect froid et tyrannique, cache en lui une sensibilité aiguë, cristallisée dans la volonté de porter sur ses épaules la douleur d’un peuple ayant fait l’expérience du mépris humain.

Mais L’Élu ne s’arrête pas aux déchirements d’une communauté qui s’interroge sur sa raison d’être et sur son destin. Ce livre est aussi un grand ouvrage humaniste appelant à abattre les barrières qui obstruent la pensée humaine ou la fraternité entre les peuples. Pour l’auteur, nulle tyrannie ne saurait en effet légitimer son existence, pas même le malheur subi, pas même la recherche de Dieu quand tout espoir en l’Homme est tari.

Sophie AS Bib"
(ref:http://littexpress.over-blog.net/article-chaim-potok-l-elu-41789833.html)



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